Blog

Wake Up Dead Man, sorti sur Netflix en décembre, dépeint une Église peu enviable. Au centre du récit, Jud, jeune prêtre, incarne une foi positive assez rare dans un film grand public. Cette caricature, sans complaisance, est l’occasion de réfléchir à notre posture pastorale envers les jeunes dans un monde majoritairement sécularisé.

L’intrigue meurtrière n’est pas tendre avec le monde catholique. Le troisième volet des enquêtes de Benoît Blanc nous plonge au cœur d’une paroisse où Monseigneur Wicks règne sur « son » Église comme sur une forteresse personnelle. La communauté fonctionne comme un huis clos, et l’enquête agit comme un révélateur implacable de l’égoïsme qui la gangrène. Ici, la foi, loin d’être tournée vers les autres, se transforme en instrument de pouvoir, de protection ou de mise en scène de soi. À mesure que l’intrigue progresse, la violence apparaît presque comme une expression légitime de la croyance, et chacun semble prêt à se battre contre le monde extérieur pour préserver ses certitudes. C’est dans cet univers fermé et tendu que Benoît Blanc rencontre Jud Duplenticy, un jeune prêtre sincère dont la foi humble et généreuse se heurte au despotisme de Wicks et à la mesquinerie de cette communauté étriquée.

Jud change donc la donne. Il représente la jeunesse spirituelle. Enthousiaste, désireux de servir et de comprendre, il reste exposé à sa propre violence et à l’adversité. Les contributeurs de Reddit (plateforme de discussion populaire auprès des jeunes) ont salué la présence rare de ce type de personnage. Une scène au téléphone sonne particulièrement juste : Jud n’y impose rien, n’assène aucune vérité, mais demeure présent, à l’écoute, dans une parole humble qui soutient, sans certitudes, sans dominer. À cet instant, même l’intrigue semble devenue futile.

Cette posture finit par déplacer Benoît Blanc, enquêteur définitivement athée. Pourtant, avec Jud, une confiance mutuelle dans le respect des différences s’installe. Jud apprend à questionner sans perdre la foi. Benoit se laisse toucher par une profondeur humaine et une soif de miséricorde. Le film esquisse ainsi une rencontre possible entre foi et monde sécularisé, non dans l’affrontement, mais dans le dialogue.

Wake Up Dead Man et sa constellation de personnages est plus qu’un récit policier. Il nous offre un miroir certes déformant, mais précieux. Nous pouvons tous faire preuve de naïveté, d’ambition, de cynisme ou de repli identitaire. Il est donc vain de vouloir protéger les jeunes du monde. Mais nous pouvons grandir mutuellement dans une foi libre, incarnée et profondément vivante.

Avec cette analyse Le Service Jeunes souhaite vous rappeler sa mission de compréhension mutuelle, d'accompagnement bienveillant et d'écoute des jeunes. Découvrer notre prochaine activité sur notre fiche.

Olivier Caignet

Le Service Jeunes vous propose de porter une lumière à vos voisins, amis… Si le geste est symbolique, nous espérons son action vraiment porteuse de paix, d’amour et d’espoir.

Nous vous propose de porter une lumière à vos voisins, amis… Si le geste est symbolique, nous espérons son action vraiment porteuse de paix, d’amour et d’espoir.

Comme chaque année depuis 1986, la lumière de la paix est allumée dans la grotte de la nativité à Bethléem et partagée en relais à travers le monde. Cette année, elle arrive en Belgique le 7 décembre à Eupen (ce reportage kto retrace le trajet de la flamme et sa propagation en France). En 2025, il nous semble toujours important d’aller porter lumière et chaleur à nos contemporains. 

Vous trouverez de multiple évènement autour de cette proposition. À titre d’exemple, le Service Jeunes de Namur accueille la flamme lors d’une marche à la lanterne au départ des bords de la Meuse. À l’issue de la marche, la flamme sera reçue à la cathédrale. Ensuite elle sera disponible dans plusieurs lieux du diocèse (Malonne, Marloie, Arlon…). Nous vous invitons à la mettre vous-même à disposition dans vos unités, paroisses et foyers. Pourquoi ne pas envisager un porte à porte avec les enfants du caté, les confirmés, les scouts/guides/patro…  Pourquoi ne pas proposer aux membres des différents groupes et mouvements de votre région à faire de même. Soyez créatifs et audacieux dans le fait d’aller porter cette flamme.

Concrètement, en plus de mettre à disposition la flamme dans le diocèse, le Service Jeunes peut vous aider dans la conception de tracts à mettre dans les boites aux lettres pour présenter la démarche et expliquer votre initiative locale.

La flamme de la paix existe depuis plus de trente ans mais nous permet encore aujourd’hui de redire l’importance de propager la paix.

La canonisation de Carlo Acutis, un jeune Italien connu pour son attachement à l’Eucharistie et son engagement dans l’évangélisation numérique, est une bonne occasion de réfléchir à la notion de présence réelle dans l’Eucharistie. Cette doctrine, centrale dans la foi catholique, affirme que le pain et le vin consacrés deviennent réellement le Corps et le Sang du Christ. Le jeune Carlo s’est particulièrement intéressé aux miracles eucharistiques, mais attention aux mauvaises interprétations. Pour éviter les malentendus, nous allons explorer ce que peut signifier « mangez la chair du Fils de l’homme ».

La Présence Réelle

La « théorie » (doctrine) de la présence réelle repose sur les paroles de Jésus lors de la Cène : Ceci est mon corps. Ceci est mon sang (Mt 26, 26-28). Des figures importantes de l’Église, comme saint Augustin et saint Jean Chrysostome, ont expliqué que le pain et le vin consacrés ne sont pas de simples symboles, mais deviennent vraiment le Corps et le Sang du Christ. Le Concile de Trente (1545-1563) explique que l’essence du pain et du vin se transforme en Corps et en Sang du Christ, tout en gardant leur apparence extérieure. C’est la transsubstantiation.

Les miracles eucharistiques

Lors des miracles eucharistiques, comme ceux de Lanciano (VIIIe siècle) ou de Bolsena (XIIIe siècle), des hosties se seraient transformées en chair et en sang. Pour certains, cela est une confirmation tangible de la présence réelle. Mais ces manifestations peuvent prêter à confusion. La tentation est grande de réduire la présence réelle à une réalité physique, visible et mesurable. La foi catholique enseigne que le Christ est présent dans l’Eucharistie de manière sacramentelle, indépendamment de toute manifestation physique. Réduire la présence réelle à des phénomènes extraordinaires risque de détourner l’attention de la dimension à la fois élémentaire et spirituelle de l’Eucharistie.

Prenez et mangez

Les Évangélistes utilisent deux mots différents pour corps. Il y a le mot sarx qui signifie chair, il exprime toute la condition terrestre de l’homme et ne se limite pas à la dimension physique du corps. Le deuxième est sôma qui désigne ordinairement le corps physique de manière neutre, sans notion de faiblesse ou de péché. Soulignons que pour les Hébreux, l’âme et le corps forment une unité indissociable. Jésus fait chair (sarx) assume pleinement la nature humaine. Jésus prend sur lui notre humanité et ses limites. Lors de la Cène, Jésus dit « Ceci est mon corps » (soma). Jésus n’a pas fait semblant d’être humain, il en a assumé toutes la condition, y compris physique. Le sang, dans la tradition juive, est souvent associé à la vie elle-même. Le sang est ainsi compris comme une source de vie, et non comme une simple substance physique. L’association entre le corps et le sang souligne une présence divine indissociablement concrète et vitale.

Le verbe « manger » est lui aussi utilisé à la fois dans un sens très pratique et pour illustrer des vérités spirituelles. En effet, dans le judaïsme, l’étude de la Torah est souvent comparée à la consommation de nourriture. Manger c’est incorporer, faire sien. C’est qui est mangé devient partie intégrante de soi. Détail important, pour l’Eucharistie, le pain consacré n’est considéré comme présence réelle que s’il reste « mangeable ». Une hostie qui serait transformée en morceau de cœur humain n’est donc plus l’eucharistie, c’est autre chose. La présence réelle dans l’Eucharistie réunit donc matériel et spirituel. « L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Matt 4,4). Nous devons manger physiquement et nous sommes invités à manger l’Écriture.

Arrêtons-nous également sur la formule « Ceci est mon corps » dite par Jésus lors de son dernier repas et reprise pendant la consécration du pain et du vin pendant l’Eucharistie. En nous replongeant dans le repas de la passion, nous remarquons que « ceci » ne désigne pas n’importe quel pain ou vin. C’est le pain de Pessah, la Pâque juive. Lors de ce repas festif, toute la nourriture porte une charge symbolique. Le pain est sans levain, c’est pour se souvenir qu’au moment de la libération d’Égypte il n’a pas eu le temps de lever. Le vin c’est la promesse de Dieu et la joie. Jésus réactualise ce passage de l’esclavage à la liberté. Il sera le sang versé, témoignage de la protection de Dieu pour son peuple. Il sera le passage de la vie à la mort. Le corps et le sang, l’incarnation, de Jésus est le chemin de la vie en abondance.

Cette vision détaillée est essentielle pour approcher la présence réelle. Jésus devait se faire homme (physiquement) pour pouvoir se donner à nous avec toute son humanité (au-delà du physique). Sur la croix, c’est jusqu’à son intégrité physique qui nous est livrée. Ce corps (soma) donné est un élément indispensable à l’incarnation. Il est élémentaire à toute vie humaine. Dans l’Eucharistie, Dieu se donne à travers ce qu’il y a de plus essentiel à la vie humaine : du pain et un corps. Mais ce n’est pas tout. Jésus emmène son corps au-delà de ses finitudes. Dans la foi, le corps de Jésus devient autre qu’une simple enveloppe physique, il est corps du Christ glorieux et aussi corps vivant de la communauté. « Vous êtes le corps (soma) du Christ, et vous êtes ses membres. » L’Eucharistie, c’est le très basique du pain qui nous conduit ultimement, grâce à l’évènement de Pâques, à nous aussi nous donner en partage, à communiquer l’ivresse de la résurrection. L’Eucharistie n’est pas un bout de « viande de Jésus », c’est le corps du Christ dans tout son mystère.

Conclusion

Les miracles eucharistiques peuvent être perçus comme des indices de la présence réelle. Cependant, une surinterprétation de ces miracles réduit la présence réelle à une réalité physique. Elle risque alors de transformer l’Eucharistie en un objet de vénération matérielle, perdant ainsi sa dimension spirituelle. Nous avons précisé que spirituel et matériel ne sont pas des réalités opposées et l’Eucharistie est précisément le lieu où ces deux dimensions se rencontrent et s’unissent. La religiosité populaire autour des miracles eucharistiques reste un important témoignage de foi mais ne doit pas conduire à une forme de superstition où la foi repose sur des signes extraordinaires.

La canonisation de Carlo Acutis rappelle l’importance de la dévotion eucharistique dans la vie chrétienne. Cependant, il est crucial de veiller à une compréhension correcte de la présence réelle pour éviter les malentendus théologiques. Les miracles eucharistiques ne doivent pas être interprétés comme des preuves tangibles de la présence réelle, mais comme des signes destinés à renforcer la foi. En fin de compte, la foi en la présence réelle repose sur la Parole de Dieu et la tradition ecclésiale. L’Eucharistie nous donne à « goûter » à Jésus-Christ comme la Pâque, le sacrement du frère ultime, la communion, la nourriture, la vie.

Olivier Caignet